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Réflexion autour du Silence Qu'est-ce que le silence ?
Y a-t-il un ou plusieurs silences ?
A priori la définition du silence est simple, c'est la cessation de l'émission et de l'audition des bruits. Le silence le plus parfait est la mort, du point de vu des vivants naturellement, parce que si l'on admet le caractère scientifique des " expériences près de la mort " l'âme entend mais ne s'exprime pas.
Mais il y a plusieurs qualités de silences, et ces qualités peuvent, je le pense, s'essentialiser. Je prendrai quelques exemples dans l'œuvre d'Alexandre Dumas " Le comte de Monte-Cristo ".
Le premier grand silence est celui du procureur du Roi De Villefort. Ce silence est destructeur puisqu'il met Dantès au secret pour de longues années. Peut-on le qualifier simplement de " silence " ? En réalité non car il est une action qui ne se dévoile pas, pas tout de suite mais se laissera dévoiler par les inductions de l'Abbé Farias.
Le second grand silence ne mérite son nom que par son effet. Dantès crie son innocence face au directeur du château d'If, aux geôliers et à l'inspecteur des prisons. Ces cris de l'innocent sont muets puis qu'ils se heurtent à l'indifférence et à l'efficacité du silence originel de De Villefort.
Puis vint le silence libérateur qui permit à Dantès d'entendre le grattage de Farias et d'accélérer leur rencontre. Ce silence brisa le précédent, aliènent qui aurait pu le conduire à la démence.
Le dernier silence social répertorié, exception faite de celui de Valentine qui singe la mort, est celui de Noitier ; père de De Villefort. Ce silence plein de vie et de fracas n'est compris que de Valentine et de Barroi son serviteur. C'est un silence d'handicapé conservant toutes ses facultés mentales.
Tous ces silences rencontrés dans ce fantastique roman se retrouvent dans notre société : l'innocent c'est Dils, celui du complot c'est celui du capitaine Henri, (affaire Dreyfus) celui de Noirtier c'est celui des handicapés physiques, mentaux, sociaux (SDF prisonniers, travailleurs pauvres).
Ils sont tous différents l'un de l'autre ; aussi différents que le sont la diligence de l'avion qu'on regroupe sous le terme de transport.
Ces silences, aussi divers ont comme point commun de blesser, peut-être à jamais, l'intimité des êtres.
Si Noirtier n'avait pas eu Barroi et Valentine avec lesquels il développa un complexe système de communication, il aurait peut-être été tenu pour débile, ou aurait été négligé par une famille royaliste qui lui reprochait son bonapartisme antérieur. Son silence était le bienvenu. Dans son malheur il avait son serviteur Barroi qui le comprenait au clin d'œil et sa petite-fille Valentine qui l'aimait, ce qui tisse de mystérieux liens emphatiques. Nos grands handicapés n'ont pas cette chance. Placés dans de grands foyers, biens équipés, ils sont placés toute la sainte journée devant la télévision où passent stupidités comme émissions culturelles.
Bien lavés, bien nourris, le personnel ne prend pas le temps de prendre l'alphabet plastifié de suivre les yeux indiquant les lettres formant mots et phrases pour converser. Le voudrait-il il n'en aurait pas le temps !
Aurait-il le temps il n'y pense pas.
Cercle vicieux que renforce le silence télévisuel. Parce que le bruit de l'émission fait croire que l'handicapé est occupé, intéressé, alors qu'il ne l'est peut-être pas.
Peut-être préfèrerait-il discuter, parler de ce qu'il voit ou ne voit pas à la télévision, peut-être même voudrait-il qu'on lui lise quelque chose, mais comment le faire comprendre lorsqu'on est muet, les quatre membres paralysés, dans une société déshumanisée par l'efficacité à avoir ?
Noirtier dans son malheur avait la chance d'être riche dans une société " à vitesse humaine ". Il n'en préfigure pas moins nos grands handicapés, souvent supposés idiots parce qu'ils restent silencieux.
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